Michel Guisambert, président du Comité Français des Olympiades des métiers

Entretien avec Michel Guisembert, président du Comité français des Olympiades des Métiers, qui était présent aux sélections régionales du vendredi 6 avril à Caen.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le Comité Français des Olympiades des Métiers (COFOM) ?

Il faut d’abord revenir sur l’histoire des Olympiades des Métiers. Deux ans après la fin de la deuxième Guerre Mondiale, les Espagnols se rendent compte que les jeunes ne se dirigent plus vers les métiers manuels et imaginent une compétition entre les métiers pour que le public puisse voir le travail réalisé. En 1950, l’Espagne et le Portugal organisent un concours proche des Jeux Olympiques. C’est la première confrontation internationale entre deux pays, la France y participe en 1953. Les Compagnons du devoir représentent la France jusqu’en 1990, année où est créé le COFOM (WorldSkills France, qui signifie compétences du monde). Aujourd’hui 79 nations y participent

 

.Pourquoi avez-vous souhaité être président du COFOM ? Quel est votre parcours professionnel ?

Je connais les Olympiades depuis 1968. Je suis Compagnon du devoir et j’ai fait mon tour de France. J’ai été l’un des présidents des Compagnons du devoir pendant 10 ans. WorldSkills France m’a proposé de devenir président du COFOM car un bénévole qui aime la jeunesse sait de quoi il parle, encourage à réussir sa vie. J’ai fait des études jusqu’en 5e, jusqu’au certificat d’études primaires mais je voulais apprendre un métier. Alors j’ai choisi la mécanique de précision et je suis allé chez les Compagnons du devoir. J’ai travaillé dans l’industrie pendant plus de 24 ans et j’ai eu la chance de travailler sur le Concorde. J’ai pris des responsabilités chez les Compagnons et mes dernières années de travail, j’ai approché le monde du social en étant directeur général de l’Association pour un urbanisme intégré (APUI).

Combien d’Olympiades avez-vous organisé ?

Je co-organise avec les Régions pour les sélections régionales et pour les finales nationales (Clermont-Ferrand, Bordeaux, Caen). Au niveau international, j’ai participé à l’organisation des finales à Londres, Leipzig, Sao Polo, Abu Dhabi. Nous préparons la prochaine compétition mondiale en Russie à Kazan pour août 2019. Deux ans plus tard, les finales auront lieu à Shanghai. La France est candidate pour les mondiaux en 2023.

Quel est l’intérêt d’organiser des Olympiades des Métiers ?

C’est avant tout une vitrine de l’orientation professionnelle. Les jeunes peuvent découvrir plus de 50 métiers et des perspectives de carrière. Elles permettent de mettre en valeur ceux qui pratiquent ces métiers et de créer un réseau de professionnels bénévoles qui se mettent à disposition de la jeunesse. Le monde des adultes découvre également les métiers destinés aux jeunes. C’est l’occasion de se rendre compte qu’il existe une foultitude de métiers dans lesquels on se sent bien, qu’il n’existe pas une seule voie pour la jeunesse, pas uniquement la filière longue.

Que trouvez-vous de passionnant dans les Olympiades des Métiers ?

C’est la jeunesse, elle nous pousse à aller plus loin. Vous nous poussez dans nos retranchements, il y a tellement de choses à vous offrir. Je n’ai pas d’autres motivations. Mon message c’est : osez monter dans le train, n’hésitez pas car c’est peut-être une chance qui ne se présentera qu’une seule fois. L’âge limite est de 23 ans. Alors lancez-vous !

Quelles difficultés rencontrez-vous lors de l’organisation des Olympiades ?

La plus grande difficulté est, de mon point de vue, de sensibiliser les adultes pour leur donner envie d’offrir des perspectives aux jeunes et des valeurs morales.

Que ressentez-vous aujourd’hui au moment des sélections régionales ?

À la fois une grande satisfaction car c’est un moment d’émotion et de rencontres. En même temps, un sentiment de regret : pourquoi n’a-t-on pas fait tout ça avant et en plus grand ? Il faut tellement de temps pour convaincre, c’est chronophage. Si les décideurs d’aujourd’hui ont le temps pour prendre leur décision, la jeunesse, elle, n’a pas le temps. On a 20 ans une seule fois dans sa vie : la jeunesse n’a pas le temps d’attendre les décisions du monde des adultes.

Propos recueillis par Éloïse James, Ethan Affichard, Jérémy Garnier, Donovan Lebois, 2nde MELEC LPO Curie/Corot, Saint-Lô et Thomas Guérard, lycée Jeanne d’Arc de Caen